TDAH chez l’adulte : entre tendances virales et réalité clinique
- Amélie Kijek
- 19 nov.
- 5 min de lecture

Le TDAH adulte est devenu un sujet extrêmement présent dans les médias, les réseaux sociaux (TikTok, Instagram, etc.) et dans les conversations. Dans une société où la performance, la créativité et l’hyperstimulation sont omniprésentes, il est naturel que plusieurs adultes se questionnent sur leur attention, leur impulsivité ou leur difficulté à structurer leur quotidien. Mais au-delà des tendances virales, le TDAH demeure un trouble neurodéveloppemental, encadré par des critères diagnostiques rigoureux du DSM-5, et dont l’évaluation nécessite une expertise clinique.
Dans cet article, nous analysons avec nuance ce que les réseaux ont popularisé et ce que la neuropsychologie indique.
1. L’émergence du TDAH “tendance” : pourquoi tant d’adultes se reconnaissent aujourd’hui ?
Le contenu viral met souvent de l’avant des traits universels (difficultés de concentration, procrastination, surcharge mentale, etc.) et des expériences que presque tout adulte moderne vit à un moment ou un autre. Montréal est une ville rapide, créative, compétitive ; ses résidents jonglent avec des emplois exigeants, des projets personnels multiples et une omniprésence du numérique.
Il est donc fréquent que des personnes très fonctionnelles, mais épuisées, stressées ou constamment sollicitées se reconnaissent dans des vidéos décrivant le TDAH. Ce phénomène, bien documenté en psychologie sous le nom d’effet Barnum, explique pourquoi les gens s’identifient à des descriptions très générales.
Pourtant, en clinique, reconnaître un trait ne suffit pas.
Ce qui définit un TDAH, ce n’est pas la présence de symptômes isolés, mais leur cohérence temporelle, leur ancienneté et leur impact fonctionnel.
2. Un des critères les plus importants : l’impact fonctionnel
Selon le DSM-5, le TDAH n’est diagnostiqué que lorsque :
les symptômes étaient présents dans l’enfance,
ils se manifestent dans au moins deux contextes (travail, relations, gestion du quotidien),
et surtout lorsqu’ils entraînent un impact fonctionnel significatif.
Cet impact peut se traduire par :
des difficultés répétées à maintenir la productivité professionnelle
des projets commencés mais rarement complétés,
une surcharge mentale constante malgré des stratégies,
des relations affectées par l’impulsivité ou l’inattention,
ou un sentiment de “toujours pousser deux fois plus que les autres”.
Les personnes TDAH ne manquent ni de volonté ni d’intelligence. Elles dépensent simplement beaucoup plus d’énergie pour fonctionner dans un monde qui ne correspond pas à leur architecture cognitive.
Cela dit, il est essentiel de rappeler que chaque personne est différente. Certains adultes TDAH développent des stratégies très efficaces, apprennent à mieux structurer leur environnement ou trouvent des contextes professionnels qui valorisent leurs forces (créativité, rapidité d’exécution, capacité à hyperfocaliser, pensée hors des sentiers battus).
D’autres, au contraire, vivent un impact plus marqué, notamment lorsque le contexte de vie exige une gestion soutenue des fonctions exécutives : organisation, priorisation, constance, gestion du temps ou régulation émotionnelle.
Il n’existe donc pas de “profil unique” du TDAH adulte. Deux personnes ayant le même diagnostic peuvent avoir des parcours, des besoins et des niveaux d’impact entièrement différents. C’est précisément pourquoi une évaluation neuropsychologique personnalisée est indispensable : elle permet de comprendre le fonctionnement réel de la personne, ses défis, mais aussi ses forces, plutôt que de s’appuyer sur une image simplifiée ou uniforme du TDAH.
3. Les signes subtils du TDAH adulte (loin des clichés d’hyperactivité)
Chez les adultes, le TDAH est souvent moins visible. On ne parle pas toujours d’agitation motrice, mais plutôt d’un brouillard cognitif, d’une difficulté à prioriser, d’une hyperstimulation interne ou d’une variabilité importante dans la performance. Plusieurs adultes TDAH ont développé des mécanismes sophistiqués de compensation : calendriers impeccables, organisation excessive, routines rigides, etc.
Cette façade de contrôle peut masquer une fatigue profonde. Et c’est souvent à l’apparition d’un stress majeur (promotion, parentalité, surcharge professionnelle) que les mécanismes compensatoires s’effondrent, révélant la fragilité du système exécutif.
4. Entre TDAH, anxiété, perfectionnisme et épuisement : l’importance de ne pas confondre
Plusieurs conditions peuvent imiter le TDAH :
épuisement professionnel,
anxiété généralisée,
troubles du sommeil,
surcharge cognitive liée au mode de vie,
perfectionnisme sévère,
stress chronique.
Chez une clientèle jeune, performante et très sollicitée ces états se croisent fréquemment. Sans évaluation approfondie, il est presque impossible de distinguer ce qui relève du TDAH d’un autre enjeu psychologique tout aussi valide.
L’objectif de la neuropsychologie n’est pas seulement de dire “oui ou non pour un TDAH”, mais de comprendre ce qui se passe réellement au niveau cognitif.
5. L’évaluation neuropsychologique : plus qu’un diagnostic, une compréhension globale
Pour un adulte qui se reconnaît dans plusieurs signes, la démarche clinique offre une compréhension approfondie :
fonctionnement attentionnel,
efficacité des fonctions exécutives,
style de traitement de l’information,
régulation émotionnelle,
impact fonctionnel réel,
facteurs contributifs (anxiété, stress, sommeil, surcharge).
L’objectif est d’obtenir un portrait complet, permettant ensuite d’orienter vers des interventions réellement adaptées, qu’il s’agisse d’une intervention neuropsychologique, d’une psychothérapie ou d’une combinaison des deux.
Cela dit, il est important de reconnaître que cette démarche représente un investissement réel : en temps, en énergie émotionnelle et en ressources financières. Une évaluation complète est exigeante, et il est normal que certaines personnes ne soient pas prêtes à s’engager immédiatement dans ce processus. Il n’y a aucune obligation ni urgence à “se diagnostiquer”.
L’essentiel est d’être bien informé et de prendre une décision réfléchie.Certaines personnes choisissent de commencer par une intervention psychologique, par l’adoption de stratégies concrètes, ou par une exploration de leur niveau de stress avant d’envisager une évaluation. D’autres préfèrent obtenir rapidement une compréhension claire de leur profil pour avancer avec plus de certitude.
Chaque parcours est valide. L’évaluation est un outil disponible, pas un passage obligé, et elle doit toujours être choisie au bon moment, en fonction des besoins, des capacités et des priorités de la personne.
6. Pourquoi s’informer ne suffit pas : les limites des tendances virales
Les réseaux sociaux normalisent des souffrances importantes, ce qui peut être positif. Mais ils banalisent parfois l’évaluation, donnant l’impression qu’un diagnostic peut se faire sur une liste de 10 comportements.
La réalité clinique est plus nuancée. Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental réel, et très bien documenté, mais il nécessite un regard professionnel.
Un diagnostic posé trop rapidement peut mener à :
des interventions inadaptées,
une mauvaise compréhension de soi,
des traitements non indiqués,
ou à négliger d’autres enjeux tout aussi importants.
Nos services utiles dans ce contexte
Pour travailler la charge mentale, la pression de performance, l’estime de soi et les impacts relationnels associés aux difficultés d’attention.
Pour développer des stratégies sur mesure : organisation, attention, régulation émotionnelle, gestion du temps.
Pour clarifier le fonctionnement attentionnel, exécutif et émotionnel, et déterminer si le profil correspond réellement au TDAH ou à un autre enjeu.
Pour les personnes qui hésitent entre une évaluation, une intervention ou une thérapie, une consultation d’information peut être une excellente première étape. À la fin, vous recevez un bilan verbal clair et des recommandations personnalisées permettant de choisir la démarche la plus pertinente pour vous, sans vous engager immédiatement dans un processus plus coûteux ou exigeant.
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