Comment se construit l’estime de soi ?
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L’estime de soi correspond à l’évaluation qu’une personne fait de sa propre valeur. Elle influence la façon de se percevoir, d’interpréter ses réussites et ses difficultés, de réagir aux critiques et de se positionner dans les relations.
Elle ne correspond pas simplement au fait de « s’aimer » ou d’avoir confiance en soi.
L’estime de soi se construit progressivement à travers les expériences, les relations, les réussites, les échecs et la manière dont ceux-ci sont interprétés.
Elle peut également évoluer au cours de la vie et varier selon les domaines : une personne peut, par exemple, se sentir compétente professionnellement tout en ayant une estime d’elle-même plus fragile dans ses relations.
Comprendre comment se construit l’estime de soi permet de mieux identifier les facteurs qui peuvent la fragiliser ou, au contraire, contribuer à la rendre plus stable.
1. Estime de soi, confiance en soi et sentiment de compétence : quelles différences ?
Ces concepts sont souvent utilisés comme des synonymes, mais ils ne renvoient pas exactement aux mêmes dimensions.
1.1 L’estime de soi
L’estime de soi concerne la valeur globale qu’une personne s’accorde.
Elle répond notamment à des questions comme :
Quelle valeur est-ce que je m’accorde ?
Est-ce que je peux reconnaître mes qualités malgré mes difficultés ?
Une erreur modifie-t-elle complètement la perception que j’ai de moi-même ?
Ma valeur dépend-elle fortement du regard des autres ?
Une estime de soi relativement stable permet de reconnaître ses forces et ses limites sans que chaque difficulté remette profondément en question sa valeur personnelle.
1.2 La confiance en soi
La confiance en soi concerne davantage la perception de sa capacité à faire face à une situation particulière.
Par exemple :
se sentir capable de parler devant un groupe;
croire en sa capacité à réussir un examen;
se sentir à l’aise pour rencontrer de nouvelles personnes;
se sentir capable d’effectuer une tâche professionnelle complexe.
La confiance en soi peut donc varier considérablement selon les situations.
1.3 Le sentiment de compétence
Le sentiment de compétence concerne la perception de son efficacité dans un domaine particulier.
Il se développe notamment à travers l’expérience, l’apprentissage et les réussites répétées.
Une personne peut ainsi avoir un bon sentiment de compétence au travail tout en présentant une estime de soi plus fragile.

2. Comment l’estime de soi commence-t-elle à se construire pendant l’enfance ?
Les premières représentations de soi se développent progressivement à travers les interactions avec l’environnement.
L’enfant apprend notamment à se percevoir à travers :
les réactions des adultes;
les encouragements;
les critiques;
les expériences de réussite et d’échec;
les relations avec les autres enfants;
les attentes de son environnement;
la façon dont ses émotions et ses besoins sont accueillis.

Un enfant régulièrement valorisé uniquement lorsqu’il réussit peut, par exemple, progressivement associer sa valeur à sa performance.
À l’inverse, la possibilité de faire des erreurs, d’essayer, d’échouer et de recommencer dans un environnement soutenant peut contribuer à développer une représentation de soi plus nuancée.
Cela ne signifie pas que l’estime de soi dépend uniquement de l’éducation parentale.
Le tempérament, les expériences scolaires, les relations sociales, les événements de vie et les caractéristiques individuelles participent également à son développement.
3. Le rôle des réussites et des échecs
Les expériences de réussite contribuent au développement du sentiment de compétence.
Cependant, leur impact sur l’estime de soi dépend aussi de la manière dont elles sont interprétées.
Exemple :
Après une réussite, une personne peut penser :
« J’ai travaillé efficacement et j’ai développé les compétences nécessaires. »
Une autre peut penser :
« J’ai simplement eu de la chance. »
Le résultat objectif est identique.
L’intégration psychologique de cette réussite est différente.
Le même phénomène peut se produire face à l’échec.
« Cette stratégie n’a pas fonctionné. »
n’a pas la même signification que :
« Je suis incapable. »
Dans le premier cas, l’évaluation concerne une situation ou un comportement.
Dans le second, elle concerne directement la valeur de la personne.
Une estime de soi fragile peut notamment être associée à une tendance à généraliser les difficultés et à minimiser les réussites.
4. Le rôle du regard des autres
L’être humain construit une partie de son identité dans les relations.
Le regard des autres joue donc naturellement un rôle dans l’estime de soi.
Commentaires des parents, rétroactions des enseignants, acceptation par les pairs, relations amicales, expériences amoureuses et rétroactions professionnelles peuvent influencer la façon dont une personne se perçoit.
Cette influence devient davantage problématique lorsque l’évaluation personnelle dépend presque exclusivement de la validation extérieure.
Certains signes peuvent alors apparaître :
besoin fréquent d’être rassuré;
difficulté à prendre une décision sans demander plusieurs avis;
sensibilité importante aux critiques;
recherche d’approbation;
difficulté à dire non;
tendance à modifier son comportement pour éviter de déplaire;
comparaison fréquente aux autres.
L’objectif n’est pas de devenir indifférent au regard des autres.
Il s’agit plutôt de développer progressivement des critères internes permettant d’évaluer sa propre valeur sans dépendre entièrement des réactions extérieures.
5. Comparaison sociale et estime de soi
La comparaison aux autres participe également à la construction de l’estime de soi.
Elle permet notamment de situer ses capacités, ses comportements et ses réalisations.
Cependant, les comparaisons ne sont pas toujours objectives.
Une personne peut comparer :
ses propres difficultés, qu’elle connaît en détail avec les réussites visibles d’une autre personne.
Les réseaux sociaux peuvent accentuer ce phénomène en donnant accès à une grande quantité d’informations sélectionnées sur la vie, l’apparence, les relations ou les réussites des autres.
La comparaison devient particulièrement problématique lorsqu’elle est :
très fréquente;
principalement orientée vers des personnes perçues comme « meilleures »;
utilisée comme principal critère d’évaluation personnelle;
associée à une diminution importante de la valeur personnelle.
La question n’est donc pas nécessairement d’éliminer toute comparaison, mais d’observer la place qu’elle occupe dans l’évaluation de soi.
6. Estime de soi et perfectionnisme
Le perfectionnisme peut entretenir une estime de soi fortement dépendante de la performance.
Certaines règles personnelles peuvent progressivement se développer :
« Je dois réussir pour avoir de la valeur. »
« Je ne dois pas faire d’erreur. »
« Si je ne fais pas quelque chose parfaitement, cela ne compte pas. »
« Je dois être plus performant que les autres. »
« Je dois toujours donner le maximum. »
Dans ce fonctionnement, les réussites procurent souvent un soulagement temporaire plutôt qu’un sentiment durable de satisfaction.
Une fois un objectif atteint, un autre apparaît rapidement.
L’estime de soi reste donc fragile, puisqu’elle nécessite une démonstration constante de compétence.
La possibilité d’être « suffisamment bon » devient difficile à reconnaître.
7. Pourquoi certaines expériences peuvent-elles fragiliser l’estime de soi ?
Certaines expériences répétées peuvent influencer durablement la représentation de soi.
Par exemple :
critiques fréquentes;
intimidation;
rejet social;
échecs scolaires répétés;
difficultés d’apprentissage;
relations marquées par la dévalorisation;
attentes très élevées;
comparaison fréquente avec d’autres personnes;
expériences répétées de ne pas répondre aux attentes.
L’impact dépend toutefois de nombreux facteurs.
Deux personnes exposées à une expérience similaire ne développeront pas nécessairement la même perception d’elles-mêmes.
Le soutien disponible, les autres expériences positives, le tempérament et la manière dont l’événement est interprété peuvent notamment moduler ses conséquences.
8. TDAH, troubles d’apprentissage et estime de soi
Certaines difficultés cognitives ou scolaires peuvent indirectement influencer la construction de l’estime de soi.
Un enfant présentant un TDAH peut, par exemple, recevoir régulièrement des remarques concernant :
ses oublis;
son organisation;
son agitation;
ses devoirs non terminés;
ses difficultés à respecter certaines consignes;
son manque apparent d’attention.
Un enfant présentant un trouble d’apprentissage peut consacrer beaucoup plus d’efforts que ses pairs à certaines tâches tout en obtenant des résultats moins élevés.
À force d’expériences répétées, certaines conclusions peuvent apparaître :
« Je ne suis pas intelligent. »
« Je suis paresseux. »
« Je suis toujours celui qui oublie tout. »
« Les autres y arrivent plus facilement que moi. »
Ces interprétations ne constituent pas des symptômes du TDAH ou d’un trouble d’apprentissage.
Elles peuvent toutefois se développer secondairement aux expériences vécues.
Comprendre l’origine des difficultés peut alors contribuer à différencier une difficulté cognitive particulière d’un jugement global sur la valeur de la personne.
9. Qu’est-ce qu’une estime de soi stable ?
Avoir une bonne estime de soi ne signifie pas se sentir constamment compétent, intéressant ou satisfait de soi.
Une estime de soi plus stable permet plutôt de maintenir une perception relativement équilibrée malgré les fluctuations du quotidien.
Elle peut notamment se traduire par la capacité à :
reconnaître ses qualités;
reconnaître ses limites;
accepter certaines erreurs;
recevoir une critique sans remettre entièrement sa valeur en question;
reconnaître ses réussites;
demander de l’aide lorsque nécessaire;
exprimer ses besoins;
tolérer de ne pas être apprécié par tout le monde;
distinguer une performance insuffisante d’une valeur personnelle insuffisante.
L’objectif n’est donc pas de développer une perception excessivement positive de soi.
Il s’agit davantage de construire une représentation réaliste, nuancée et relativement stable.
10. Comment développer une estime de soi plus stable ?
L’estime de soi peut évoluer à l’âge adulte.
Ce travail ne consiste pas simplement à répéter des affirmations positives.
Plusieurs dimensions peuvent être explorées.
10.1 Identifier les critères utilisés pour déterminer sa valeur
La valeur personnelle dépend-elle principalement :
du travail ?
des résultats scolaires ?
de l’apparence ?
du regard des autres ?
du fait d’être utile ?
de la réussite financière ?
de la capacité à répondre aux besoins des autres ?
Plus les critères sont restreints, plus l’estime de soi risque d’être vulnérable lorsqu’un de ces domaines est fragilisé.
10.2 Observer le discours intérieur
Certaines personnes utilisent envers elles-mêmes un niveau de critique qu’elles n’utiliseraient pas envers les autres.
Identifier les pensées automatiques permet notamment d’observer :
les généralisations;
les jugements globaux;
la minimisation des réussites;
les exigences irréalistes;
les comparaisons systématiques.

10.3 Distinguer les comportements de l’identité
« Cette présentation n’était pas suffisamment préparée »
est différent de :
« Je suis incompétent. »
« J’ai oublié ce rendez-vous »
est différent de :
« Je suis incapable de m’organiser. »
Cette distinction permet de travailler sur un comportement sans transformer chaque difficulté en jugement sur soi.
10.4 Diversifier les sources de valorisation
Lorsque toute l’estime de soi repose sur un seul domaine, une difficulté dans celui-ci peut avoir des conséquences importantes.
Développer plusieurs sources de satisfaction peut contribuer à une estime plus stable :
relations;
travail;
apprentissages;
loisirs;
créativité;
engagement;
valeurs personnelles;
activités physiques;
projets personnels.
10.5 Développer des comportements cohérents avec ses valeurs
L’estime de soi ne se construit pas uniquement à travers les pensées.
Elle se développe également à travers les expériences.
Poser une limite, essayer une activité malgré la peur de l’échec, reconnaître une erreur, exprimer un besoin ou terminer un projet peut progressivement modifier la perception de soi.
11. Quand consulter pour des difficultés d’estime de soi ?
Une estime de soi fluctuante est normale.
Elle peut varier selon les périodes de vie et les événements rencontrés.
Une consultation peut toutefois être pertinente lorsque la perception négative de soi est persistante et contribue à :
éviter certaines situations;
rester dans des relations insatisfaisantes;
rechercher constamment l’approbation;
tolérer difficilement les critiques;
se fixer des exigences excessives;
minimiser systématiquement ses réussites;
ressentir un sentiment fréquent d’infériorité;
avoir de la difficulté à s’affirmer;
limiter ses projets par peur de l’échec;
ressentir une souffrance importante.
La psychothérapie peut permettre d’explorer les croyances, les expériences et les comportements qui contribuent au maintien d’une estime de soi fragile.
Conclusion
L’estime de soi se construit progressivement à travers l’interaction entre plusieurs facteurs :
expériences précoces;
relations;
regard des autres;
réussites et échecs;
comparaison sociale;
attentes personnelles;
expériences scolaires et professionnelles;
interprétation des événements.
Elle n’est ni complètement stable ni identique dans tous les domaines de la vie.
Une estime de soi équilibrée ne consiste pas à se percevoir constamment de façon positive. Elle repose davantage sur la capacité à conserver une perception réaliste et nuancée de sa valeur, même lorsque certaines expériences sont difficiles ou que les performances ne correspondent pas aux attentes.
Lorsque l’estime de soi devient fortement dépendante de la performance, du regard des autres ou de standards difficiles à atteindre, la psychothérapie peut permettre d’identifier les mécanismes impliqués et de développer progressivement un rapport à soi plus flexible.
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