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Hiver à Montréal et santé mentale : comprendre l’impact du manque de lumière

  • Photo du rédacteur: Amélie Kijek
    Amélie Kijek
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture
Hiver à Montréal et manque de lumière naturelle, impact sur la santé mentale et le fonctionnement cognitif, Clinique de psychologie L’Interphase

Neuropsychologie • Régulation de l’humeur • Rythmes circadiens • Fatigue cognitive


L’hiver montréalais entraîne une modification importante de l’environnement lumineux : journées courtes, faible intensité de lumière naturelle, longues périodes nuageuses, et temps passé majoritairement à l’intérieur. Ces changements ne sont pas seulement perceptibles sur le plan physique : ils influencent directement le fonctionnement cérébral, la régulation de l’humeur, l’énergie, le sommeil et la motivation.


Cet article propose une analyse clinique pour comprendre comment le manque de lumière affecte la santé mentale et le fonctionnement cognitif des Montréalais.


1. Comprendre les effets du manque de lumière en hiver sur le cerveau


La lumière est un synchroniseur biologique majeur. Elle régule plusieurs mécanismes neurophysiologiques essentiels :


Illustration des rythmes circadiens et du rôle de la lumière sur le fonctionnement du cerveau en hiver à Montréal

1.1 Rythmes circadiens


Le cerveau utilise la lumière pour ajuster le cycle veille sommeil. Moins de lumière → dérèglement du rythme circadien → fatigue, irritabilité, somnolence.


1.2 Production de sérotonine


La lumière stimule la sécrétion de sérotonine, neurotransmetteur impliqué dans :


  • l’humeur,

  • l’énergie,

  • la motivation,

  • l’appétit.


Une faible exposition lumineuse peut diminuer cette production.


1.3 Production de mélatonine


Dans l’obscurité, le cerveau sécrète la mélatonine. Quand les journées sont courtes, l’organisme produit de la mélatonine plus tôt ou de façon irrégulière → sensation d’être fatigué prématurément.


1.4 Activation du cortex préfrontal


La lumière influence la vigilance et les fonctions exécutives. Faible luminosité → diminution de la clarté mentale et de la capacité attentionnelle.


2. Montréal : un environnement lumineux particulièrement exigeant


À Montréal, l’hiver se caractérise par :


  • des journées très courtes (parfois < 9 h d’ensoleillement),

  • un soleil bas sur l’horizon,

  • une intensité lumineuse faible,

  • de longues périodes de ciel couvert,

  • un mode de vie majoritairement intérieur.


Cet ensemble crée un contexte réel de privation lumineuse, souvent sous-estimé, qui peut affecter la santé mentale même chez des personnes sans vulnérabilité particulière.


3. Impact clinique du manque de lumière sur la santé mentale


3.1 Baisse d’énergie et fatigue mentale


Le manque de lumière en hiver agit sur plusieurs mécanismes neurophysiologiques, ce qui explique l’augmentation de la fatigue mentale et des variations de l’humeur observées durant cette période. On observe souvent :


  • épuisement rapide,

  • sensation de “brouillard mental”,

  • difficulté à se réveiller,

  • baisse de motivation.


3.2 Humeur plus fragile


La diminution de sérotonine influence :


  • l’irritabilité,

  • la tristesse,

  • la sensibilité émotionnelle.


Certaines personnes décrivent une “pesanteur” ou une ambiance intérieure grise, reflet de la baisse lumineuse.


3.3 Difficultés attentionnelles


La lumière influence directement les réseaux attentionnels. Moins de lumière =


  • concentration fluctuante,

  • vigilance réduite,

  • difficultés à effectuer des tâches complexes,

  • surcharge cognitive plus rapide.


3.4 Déséquilibres du sommeil


  • endormissement retardé ou anticipé,

  • réveils nocturnes,

  • sommeil non réparateur,

  • somnolence diurne.


4. Dépression saisonnière :


Il ne s’agit pas d’un simple “manque de motivation hivernal”. La dépression saisonnière (TAS) est un trouble reconnu, caractérisé par :


  • humeur dépressive récurrente en automne/hiver,

  • hypersomnie,

  • augmentation de l’appétit (souvent glucides),

  • perte d’énergie marquée,

  • ralentissement psychomoteur,

  • réduction des activités sociales.


Le TAS est plus fréquent dans les régions nordiques. Bien que tout le monde ne développe pas un trouble, beaucoup vivent une symptomatologie subclinique, c’est-à-dire un impact significatif sans remplir tous les critères diagnostiques.


5. Impact sur les fonctions cognitives : pourquoi l’hiver fatigue le cerveau


Le manque de lumière affecte :


  • La vitesse de traitement

Les personnes rapportent une impression de lenteur, de difficulté à “démarrer”.


  • Les fonctions exécutives

Planification, organisation, flexibilité cognitive → tous légèrement moins efficaces.


  • La mémoire de travail

Le cerveau peine à maintenir l’information quand il est fatigué.


  • La motivation

Moins de lumière → moins d’activation → tâche perçue comme plus lourde.

Ce n’est pas un manque de volonté : c’est une réaction neurophysiologique.


6. Facteurs individuels de vulnérabilité


Certaines populations sont particulièrement sensibles :


  • personnes ayant déjà une fragilité émotionnelle,

  • personnes souffrant d’anxiété ou d’un trouble de l’humeur,

  • immigrants récemment arrivés (dérèglement dû au changement climatique et culturel),

  • adolescents et jeunes adultes,

  • personnes manquant d’accès à la lumière naturelle (travail en intérieur, appartements sombres),

  • individus avec un rythme circadien sensible.


7. Stratégies d’adaptation


7.1 Exposition à la lumière naturelle


  • marcher dehors le matin, même 10 à 20 minutes,

  • s’exposer près des fenêtres,

  • sortir à la pause déjeuner.


7.2 Luminothérapie


Recommandée pour :


  • humeur basse,

  • fatigue,

  • dépression saisonnière. Doit être utilisée de façon structurée selon les recommandations (éviter les approches improvisées).


7.3 Stabilisation du sommeil


  • horaires réguliers,

  • réduction de l’exposition aux écrans le soir,

  • routine constante,

  • éviter les siestes trop longues.


7.4 Activité physique


Effet prouvé sur :


  • énergie,

  • humeur,

  • motivation,

  • clarté mentale.


7.5 Prévention de la surcharge cognitive


  • réduire le multitâche,

  • séquencer les tâches,

  • utiliser supports externes (listes),

  • anticiper la baisse d’énergie saisonnière.


7.6 Soutien psychologique


Pertinent si :


  • troubles du sommeil persistants,

  • détresse émotionnelle,

  • irritabilité marquée,

  • fatigue mentale qui ne diminue pas,

  • symptômes saisonniers récurrents.


Conclusion


L’hiver montréalais exerce un impact réel sur la santé mentale et le fonctionnement cognitif. Le manque de lumière perturbe les rythmes circadiens, la vigilance, la régulation émotionnelle et les capacités exécutives.


Reconnaître cette influence permet d’adopter une posture plus nuancée et bienveillante envers soi-même. Avec des stratégies adaptées lumière, routines, sommeil, soutien psychologique la majorité des personnes retrouvent une stabilité émotionnelle et cognitive tout au long de la saison froide.


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