La thérapie des schémas : comprendre les mécanismes qui se répètent

Certaines difficultés psychologiques ont tendance à se répéter malgré une bonne compréhension de leur origine.
Choisir régulièrement des relations qui deviennent insatisfaisantes, avoir constamment peur d’être abandonné, se montrer très exigeant envers soi-même, avoir du mal à faire confiance, faire passer les besoins des autres avant les siens ou encore ressentir une impression persistante de ne jamais être à la hauteur sont quelques exemples de fonctionnement qui peuvent s’installer durablement.
La thérapie des schémas est une approche psychothérapeutique développée par le psychologue Jeffrey Young. Elle s’intéresse particulièrement à ces modes de fonctionnement répétitifs et aux besoins émotionnels qui peuvent les sous-tendre.
Elle intègre différents concepts issus notamment des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), de la théorie de l’attachement et d’approches centrées sur les émotions.
1. Qu’est-ce qu’un schéma en psychologie ?
Un schéma précoce inadapté correspond à un ensemble relativement stable de :
souvenirs;
émotions;
pensées;
sensations corporelles;
croyances concernant soi-même;
croyances concernant les autres et les relations.
Les schémas se développent généralement au cours de l’enfance ou de l’adolescence et peuvent continuer à influencer le fonctionnement à l’âge adulte.
Ils constituent en quelque sorte des grilles de lecture à travers lesquelles certaines situations sont interprétées.

Par exemple, une personne présentant un schéma d’abandon peut être particulièrement sensible aux signes de distance dans une relation.
Un message sans réponse, un changement de ton ou un besoin d’espace exprimé par l’autre peut alors être interprété comme le signe qu’une rupture ou un rejet est imminent.
Le schéma influence ainsi :
ce qui attire l’attention
la façon d’interpréter une situation
les émotions ressenties
les comportements adoptés en réaction.
2. Comment les schémas se développent-ils ?
La thérapie des schémas accorde une place importante aux expériences précoces et aux besoins émotionnels fondamentaux.
Parmi ces besoins figurent notamment :
la sécurité et la stabilité
l’attachement
l’acceptation
l’autonomie
la possibilité d’exprimer ses émotions et ses besoins
la spontanéité et le jeu
l’apprentissage de limites adaptées.

Lorsque certains besoins sont insuffisamment satisfaits ou lorsque l’environnement est particulièrement instable, critique, exigeant ou insécurisant, des schémas peuvent progressivement se construire.
Cependant, il n’existe pas de relation simple entre une expérience vécue pendant l’enfance et le développement d’un schéma particulier.
Le tempérament de l’enfant, la répétition des expériences, les différentes figures d’attachement et l’environnement global doivent également être considérés.
La thérapie des schémas ne consiste donc pas simplement à rechercher « ce que les parents ont mal fait ».
Elle cherche plutôt à comprendre comment certaines expériences ont contribué à construire des façons de se percevoir, de percevoir les autres et de réagir aux situations actuelles.
3. Quels sont les principaux schémas ?
Le modèle de Jeffrey Young décrit 18 schémas précoces inadaptés.
Ils sont regroupés en cinq grands domaines.
3.1 Séparation et rejet
Ces schémas concernent principalement la sécurité des relations et le sentiment de pouvoir compter sur les autres.
Ils comprennent :
abandon / instabilité
méfiance / abus
carence affective
imperfection / honte
isolement social / aliénation.
Une personne peut par exemple craindre fortement d’être abandonnée, s’attendre à être blessée ou avoir l’impression profonde d’être différente des autres.
3.2 Manque d’autonomie et de performance
Ces schémas concernent davantage la perception de ses propres capacités à fonctionner de façon autonome.
Ils comprennent :
dépendance / incompétence;
vulnérabilité au danger ou à la maladie;
fusion / personnalité atrophiée;
échec.
Ils peuvent notamment se traduire par une difficulté à prendre des décisions seul, une peur importante de ne pas pouvoir faire face aux difficultés ou un sentiment persistant d’être moins compétent que les autres.
3.3 Manque de limites
Ce domaine comprend :
droits personnels exagérés / grandeur;
contrôle de soi / autodiscipline insuffisants.
Les difficultés peuvent concerner la tolérance à la frustration, les limites interpersonnelles ou la capacité à maintenir un effort lorsque celui-ci devient inconfortable.
3.4 Orientation vers les autres
Ces schémas concernent une attention excessive accordée aux besoins, réactions ou attentes des autres.
Ils comprennent :
assujettissement;
abnégation;
recherche d’approbation et de reconnaissance.
Une personne peut par exemple avoir beaucoup de difficulté à dire non, éviter les conflits ou accorder une importance considérable au regard des autres.
3.5 Survigilance et inhibition
Ce domaine comprend :
négativité / pessimisme;
inhibition émotionnelle;
exigences élevées / critique excessive;
punition.
Ces schémas peuvent notamment être associés à une forte autocritique, au perfectionnisme, à une difficulté à exprimer ses émotions ou à une tendance à anticiper principalement les conséquences négatives.
4. Avoir un schéma signifie-t-il avoir un trouble psychologique ?
Non.
Les schémas s’inscrivent sur un continuum.
Certaines croyances ou réactions associées à un schéma peuvent être présentes sans entraîner de difficultés importantes.
Elles deviennent davantage problématiques lorsqu’elles sont :
rigides;
très intenses;
fréquemment activées;
difficiles à remettre en question;
associées à une souffrance importante;
responsables de comportements qui nuisent au fonctionnement ou aux relations.
La présence d’un schéma ne constitue donc pas, en elle-même, un diagnostic.
L’objectif est plutôt d’examiner dans quelle mesure certains modes de fonctionnement se répètent et continuent d’avoir un impact dans la vie actuelle.
5. Que se passe-t-il lorsqu’un schéma est activé ?
Lorsqu’une situation rappelle, directement ou indirectement, une expérience associée à un schéma, celui-ci peut être activé.
La réaction émotionnelle peut alors être particulièrement intense.

Exemple
Une personne présente un schéma d’abandon.
Son partenaire répond moins rapidement à ses messages pendant une journée.
La situation objective est :
Le partenaire répond moins rapidement.
Le schéma peut toutefois entraîner l’interprétation :
« Il prend ses distances. Il va probablement me quitter. »
Cette interprétation peut ensuite provoquer :
anxiété;
tristesse;
colère;
besoin important de réassurance;
multiplication des messages;
retrait préventif;
conflit.
La réaction actuelle est donc influencée par la situation présente, mais également par la grille de lecture activée.
6. Comment réagit-on à un schéma ?

La thérapie des schémas décrit trois grandes stratégies d’adaptation : la soumission, l’évitement et la surcompensation.
6.1 La soumission
La personne agit comme si le schéma était nécessairement vrai.
Exemple :
Une personne ayant un schéma d’échec évite de postuler à un poste plus exigeant parce qu’elle considère qu’elle n’a pas les compétences nécessaires.
Le comportement contribue alors à maintenir la croyance initiale.
6.2 L’évitement
La personne tente d’éviter les situations, pensées ou émotions susceptibles d’activer le schéma.
Cela peut prendre différentes formes :
éviter les relations intimes;
éviter les conflits;
éviter certaines responsabilités;
travailler constamment pour ne pas ressentir certaines émotions;
utiliser différentes distractions pour diminuer l’inconfort.
L’évitement procure parfois un soulagement à court terme, mais limite les possibilités de remettre le schéma en question.
6.3 La surcompensation
La personne adopte un comportement opposé au schéma afin de ne pas ressentir la vulnérabilité qui lui est associée.
Par exemple, une personne qui se sent profondément inadéquate peut chercher à démontrer constamment sa compétence, devenir très perfectionniste ou avoir beaucoup de difficulté à reconnaître ses erreurs.
Le comportement visible peut alors sembler très éloigné du schéma sous-jacent.
7. Qu’est-ce qu’un mode en thérapie des schémas ?
Les modes correspondent aux états émotionnels et aux stratégies qui sont actifs à un moment donné.
Contrairement aux schémas, qui sont relativement stables, les modes peuvent changer rapidement selon les situations.
Le modèle distingue notamment différents types de modes.
Les modes Enfant
Ils représentent certains états émotionnels et besoins.
Exemples :
Enfant vulnérable;
Enfant en colère;
Enfant impulsif;
Enfant heureux.
Les modes Parent
Ils correspondent à certaines règles, critiques ou exigences intériorisées.
Exemples :
Parent exigeant;
Parent punitif.
Le mode Parent exigeant peut notamment être associé à des pensées comme :
« Il faut toujours faire plus. »
« Se reposer est une perte de temps. »
« Une erreur n’est pas acceptable. »
Les modes d’adaptation
Ils correspondent aux stratégies développées pour gérer les émotions ou les schémas.
Ils peuvent prendre la forme de soumission, d’évitement ou de surcompensation.
Le mode Adulte sain
Il représente la capacité à reconnaître ses besoins et ses émotions tout en adoptant des comportements adaptés à la situation actuelle.
L’un des objectifs de la thérapie consiste notamment à renforcer progressivement ce mode.
8. Comment se déroule une thérapie des schémas ?
La thérapie des schémas ne repose pas uniquement sur une compréhension intellectuelle des difficultés.
Plusieurs types d’interventions peuvent être utilisés.

8.1 Travail cognitif
Il vise notamment à :
identifier les schémas;
repérer les situations qui les activent;
reconnaître les pensées associées;
examiner les éléments qui soutiennent ou contredisent certaines croyances;
développer des interprétations plus nuancées.
8.2 Travail émotionnel
Certaines interventions permettent de travailler directement avec les émotions et les expériences associées aux schémas.
L’imagerie mentale peut notamment être utilisée pour revisiter certaines situations et travailler les besoins émotionnels qui y sont associés.
8.3 Travail comportemental
Comprendre un schéma ne suffit pas toujours à modifier les comportements qui le maintiennent.
La thérapie peut donc viser à expérimenter de nouvelles réponses :
poser une limite;
exprimer un besoin;
tolérer une imperfection;
demander de l’aide;
réduire certains comportements d’évitement;
adopter une réponse différente dans une relation.
8.4 Relation thérapeutique
La relation avec le thérapeute occupe également une place importante.
Elle permet notamment d’identifier certains modes relationnels lorsqu’ils apparaissent dans la thérapie et d’expérimenter progressivement des interactions différentes dans un cadre thérapeutique.
9. À qui s’adresse la thérapie des schémas ?
La thérapie des schémas a initialement été développée pour les personnes présentant des difficultés chroniques ou répondant insuffisamment aux approches cognitivo-comportementales classiques.
Son utilisation s’est ensuite élargie.
Elle peut notamment être pertinente lorsque des difficultés répétitives concernent :
les relations interpersonnelles;
l’estime de soi;
le perfectionnisme;
l’affirmation de soi;
la peur du rejet ou de l’abandon;
la difficulté à faire confiance;
la tendance à faire passer systématiquement les besoins des autres avant les siens;
l’autocritique;
certaines difficultés émotionnelles persistantes.
La pertinence de cette approche dépend toutefois du motif de consultation, du fonctionnement de la personne et des objectifs thérapeutiques.
10. Thérapie cognitive-comportementale et thérapie des schémas : quelles différences ?
La thérapie des schémas s’est développée à partir des approches cognitivo-comportementales, mais elle élargit le travail à certains mécanismes plus anciens et plus persistants.
La TCC peut notamment s’intéresser aux relations entre :
situation → pensées → émotions → comportements
La thérapie des schémas ajoute une attention particulière :
aux expériences précoces;
aux besoins émotionnels;
aux schémas profondément ancrés;
aux modes;
aux stratégies d’adaptation;
aux répétitions relationnelles.
Les deux approches ne sont pas nécessairement opposées.
Selon les besoins, différentes interventions peuvent être intégrées au sein d’une psychothérapie.
Conclusion

La thérapie des schémas permet de comprendre pourquoi certains fonctionnements peuvent se répéter malgré une bonne conscience des difficultés.
Elle s’intéresse notamment :
aux schémas développés au cours de l’histoire de vie;
aux besoins émotionnels;
aux situations qui activent ces schémas;
aux stratégies utilisées pour y faire face;
aux modes émotionnels;
aux comportements qui contribuent à maintenir certaines difficultés.
L’objectif est de comprendre comment certaines façons de penser, de ressentir et de réagir se sont construites et pourquoi elles continuent parfois à influencer le fonctionnement actuel.
La psychothérapie peut ensuite permettre d’assouplir progressivement ces mécanismes et de développer des réponses davantage adaptées aux besoins et à la réalité présente.
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