Les peurs des enfants, phobie, peur du noir, anxiété de séparation : quand s’inquiéter ?
- Amélie Kijek
- 12 nov.
- 5 min de lecture

Introduction
Vous souvenez-vous de certaines peurs qui ont marqué votre enfance ? La crainte du noir, la peur irrationnelle des serpents, ou encore l’angoisse ressentie au moment de quitter vos parents pour aller à la garderie ? Ces réactions, bien que parfois disproportionnées aux yeux des adultes, sont des manifestations fréquentes du développement affectif et cognitif de l’enfant. Elles traduisent sa manière de comprendre le monde, d’évaluer les dangers et de construire progressivement un sentiment de sécurité.
Cependant, lorsque ces peurs deviennent persistantes, excessives ou entravent le fonctionnement quotidien de l’enfant: perturbant son sommeil, ses relations sociales ou sa scolarité; elles peuvent révéler une peur, une phobie ou une anxiété de séparation nécessitant une attention particulière.
Dans cet article, nous analyserons les différentes formes de peurs infantiles, la distinction entre peur, phobie et anxiété de séparation, les critères permettant de déterminer quand s’inquiéter, ainsi que des pistes d’accompagnement pour aider l’enfant à surmonter ses appréhensions de manière bienveillante et progressive.
1. La peur
1.1 Définition
Selon le DSM-5, la peur est une réaction émotionnelle immédiate et intense face à un danger réel ou perçu.
1.2 Peurs selon le développement des enfants
Peurs chez les tout-petits (0‑3 ans)
Peur de la séparation : pleurs ou agitation quand l’enfant est éloigné des parents ou de la figure d’attachement.
Peur des étrangers : méfiance ou anxiété envers des personnes inconnues.
Bruits soudains ou inattendus : cris, tonnerre, aspirateur, etc.
Peurs chez les enfants d’âge préscolaire (3‑6 ans)
Peur du noir : inquiétude à l’idée de dormir dans l’obscurité, peur des « êtres imaginaires » (monstres, fantômes).
Peur des animaux : chiens, insectes, serpents ou autres animaux.
Peur des phénomènes naturels : orages, pluie, tempêtes.
Peur d’être blessé ou de se perdre : anxiété face aux accidents ou aux situations inconnues.
Peurs chez les enfants d’âge scolaire (6‑12 ans)
Peur des catastrophes ou de la violence : accidents, maladies, catastrophes naturelles, conflits.
Peur de l’échec ou du jugement : anxiété scolaire, peur du regard des pairs.
Peur des situations sociales : prise de parole en public, rencontres avec des inconnus.
Peur liée aux médias : images violentes ou effrayantes vues à la télévision ou sur Internet.
Peurs chez les adolescents (12‑18 ans)
Peur pour soi ou pour les proches : sécurité personnelle, santé des proches.
Peur de l’avenir : orientation scolaire, réussite professionnelle, événements mondiaux.
Peur sociale ou de rejet : pression des pairs, peur de ne pas être accepté.
1.3 Symptômes de la peur
Manifestations possibles de la peur chez les enfants :
Agitation
Pleurs
Fuite
Tension musculaire
Accélération du rythme cardiaque
Pensées catastrophiques
Attention concentrée sur le danger
1.4 Pourquoi ces peurs se développent-elles ?
Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’apparition des peurs infantiles :
Développement cognitif : l’enfant n’a pas encore pleinement fait la distinction entre réalité et imagination.
Imagination active : capacité à anticiper des scénarios effrayants ou dangereux, même peu probables.
Exposition à des stimuli effrayants : films, images, expériences vécues ou observées.
Facteurs individuels : tempérament sensible, anxiété parentale, surprotection.
2. Quand une peur devient problématique ?
2.1 De la peur à la phobie
Une peur devient préoccupante lorsqu’elle est persistante, excessive et limitante dans la vie quotidienne de l’enfant. Autrement dit, si un enfant refuse d’aller à l’école, de sortir parce qu’il craint un chien, ou insiste pour ne pas dormir sans ses parents, on entre dans une zone d’alerte.
2.2 Signes d’alerte à surveiller
La peur se prolonge malgré le temps et l’âge.
L’enfant évite systématiquement certaines situations (école, camp, jeu, dormir seul).
Symptômes physiques associés à la peur ou à l’anxiété : maux de ventre, maux de tête, pleurs, agitation, cauchemars récurrents.
Impact sur le fonctionnement social, scolaire ou familial (isolement, refus d’aller chez des amis, hyper-vigilance).
La peur est disproportionnée par rapport à la situation normale.
3. La phobie
Selon le DSM-5, une phobie ou phobie spécifique se caractérise par l’évitement actif d’un objet ou d’une situation phobogène et une peur ou anxiété intense.
Exemples fréquents de phobies :
Ophidiophobie : peur des serpents
Cynophobie : peur des chiens
Hématophobie : peur du sang
Mysophobie : peur des germes ou de la saleté
Thanatophobie : peur de la mort
Kénophobie : peur de l’obscurité
4. L’anxiété de séparation
L’anxiété de séparation, classée dans les troubles anxieux selon le DSM-5, se caractérise par une peur excessive ou inappropriée liée à la séparation avec les figures d’attachement.
Critères diagnostiques :
Peur ou anxiété excessive concernant la séparation par rapport à l’âge.
L’enfant présente au moins trois des manifestations suivantes :
Soucis excessifs concernant la sécurité des figures d’attachement
Crainte d’être séparé de ces figures
Réticence ou refus d’aller à l’école ou ailleurs sans la présence d’une figure d’attachement
Difficulté à dormir seul ou loin de la figure d’attachement
Cauchemars récurrents impliquant la séparation
Symptômes physiques (maux de ventre, maux de tête, nausées) lors de la séparation ou de sa perspective
Durée minimale : 4 semaines chez l’enfant, 6 mois ou plus chez l’adolescent
La peur ou l’anxiété interfère avec le fonctionnement social, scolaire ou familial
La réaction n’est pas mieux expliquée par un autre trouble
5. Quelles peurs sont normales ?
Les peurs font partie intégrante du développement de l’enfant. La plupart des peurs sont normales et transitoires.
Caractéristiques des peurs normales :
Temporalité limitée : elles apparaissent à un âge précis et disparaissent progressivement.
Intensité modérée : la peur inquiète l’enfant mais ne l’empêche pas de fonctionner.
Flexibilité : l’enfant peut être rassuré et reprendre ses activités normalement.
Absence d’impact majeur : le sommeil, l’alimentation, les relations sociales et la scolarité ne sont pas perturbés.
6. Comment accompagner l’enfant ?
Écouter et valider : reconnaître les émotions de l’enfant sans minimiser sa peur.
Encourager progressivement : exposition graduée aux situations anxiogènes.
Renforcement positif : féliciter les efforts, même modestes.
Routines rassurantes : instaurer des rituels pour créer un sentiment de sécurité.
Modéliser le calme : rester calme et confiant face aux situations stressantes.
Consulter un professionnel si nécessaire : psychologue ou pédopsychiatre pour un accompagnement adapté (TCC, etc.).
Conclusion
Les peurs font partie du développement normal de l’enfant et témoignent de sa capacité à explorer le monde et à construire sa sécurité. Si la plupart des peurs sont transitoires, certaines peuvent évoluer vers des phobies ou de l’anxiété de séparation nécessitant une attention particulière. Une observation attentive, un accompagnement bienveillant et un soutien professionnel si nécessaire permettent à l’enfant de traverser ses peurs et de développer progressivement sa confiance en lui et son autonomie.
Sources
DSM-5
Healthy Children Organization
American Psychiatric Association
Article: Anxiety disorders during childhood and adolescence
Article: The Children's Sleep Habits Questionnaire (CSHQ): psychometric properties of a survey instrument for school-aged children.
Notre approche
À l’interphase, notre équipe pluridisciplinaire est composée de neuropsychologues, de psychologues et d’intervenantes spécialisées dans l’évaluation et l’accompagnement des peurs et des phobies.
En psychoéducation, Béatrice Villemure offre un accompagnement individualisé visant à soutenir la gestion des émotions chez les jeunes, tout en guidant les parents dans l’implantation de stratégies concrètes à la maison.
Du côté de la psychologie, Noémie Lardinois, Marie-Andrée Rousseau et Samera Bijjou interviennent auprès des enfants et de leurs familles en proposant des approches thérapeutiques adaptées aux profils et aux besoins spécifiques.
Avec un accompagnement adapté et des outils concrets, votre enfant peut progresser et la vie familiale peut redevenir plus sereine. Vous n’êtes pas seul.e.
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Cet article a été écrit par Rokhaya Rodriguez, étudiante en neurosciences.



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